
Le sous sol archéologique : treize siècles d’histoire
Bienvenue au sous-sol du musée de l’Abbaye. En empruntant les escaliers ou l’ascenseur, vous accédez à un espace rare : l’un des plus importants sites archéologiques monastiques du Jura, niché dans l’ancien palais abbatial restauré. Ici, la pierre parle. Elle raconte les débuts de l’abbaye de Saint-Claude, ses transformations, ses usages. C’est une visite hors du temps, à la fois sensible, historique et architecturale.

Un site monastique majeur
L’abbaye de Saint-Claude, autrefois appelée Condat puis Saint-Oyend-de-Joux, est l’un des plus anciens monastères de France. Fondée au Ve siècle, elle fut un haut lieu de la vie religieuse et intellectuelle, au cœur des montagnes du Jura. L’espace archéologique est situé dans le logis abbatial, un bâtiment historique majeur. Résidence des abbés jusqu’au début du XVIe siècle, puis du grand prieur, il devient palais épiscopal après la sécularisation de l’abbaye en 1742, jusqu’au départ de l’évêque en 1802. Ce bâtiment raconte aussi l’après-monastère, les mutations de l’Église, et l’histoire locale.
Un bâtiment multi-séculaire, profondément transformé, mais patiemment restauré pour redevenir lisible. Les vestiges que vous voyez aujourd’hui sont les mieux conservés du monastère disparu : chapelles funéraires, galeries, caves, et éléments peints.
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Le vestibule
Situé entre le grand cloître, la chapelle Notre-Dame-des-Morts et l’ancien cimetière, cet espace servait de passage au cœur de la vie monastique. Il est éclairé par un élégant triplet roman. Les fouilles ont révélé sept dalles funéraires appartenant à des officiers claustraux. Sur les murs, les décors racontent les siècles : Pietra rasa du XIe, faux joints rouges du XIIe, enduit rosé du XIVe.

La Chapelle Notre-Dame-des-Morts
Adossée au grand cloître, la chapelle Notre-Dame-des-Morts est construite sur un ancien cimetière. Elle servait à célébrer les messes anniversaires des moines disparus. Au fil du temps, ses fonctions changent. Une ouverture est pratiquée dans le mur pour mettre en valeur la pierre tombale de Pierre du Breuil (1503). Puis, en 1743, une grande cheminée y est installée : la chapelle devient alors… une cuisine pour le logis épiscopal !

Le Grand Cloître
Long de 110 mètres à l’origine, le grand cloître reliait les principales églises de l’abbaye : à l’est, Saint-Pierre-Saint-Paul-Saint-André (devenue cathédrale), à l’ouest, Saint-Oyend (à l’emplacement de l’actuelle place du Marché), et au centre, la chapelle Notre-Dame-des-Morts. Véritable axe de circulation, il guidait les processions liturgiques tout en protégeant les moines des regards, du froid et de la pluie. Aujourd’hui, 26 mètres sont accessibles à la visite.

La Chapelle Claude Venet
Cette chapelle du XVe siècle, réservée au chantre du monastère, abrite un décor peint remarquable. Le Christ en Majesté y trône, entouré des symboles des quatre évangélistes. Au centre, le caveau funéraire de Claude Venet rappelle la fonction privée et spirituelle du lieu. À l’entrée, un petit bénitier accueillait les moines venus se recueillir. Juste au-dessus, une inscription peinte au XVIIe siècle invite à la prière : « Si l’Amour de Marie est en ton cœur gravé, en passant ne t’oublie de lui dire un Ave. »

Les caves
Le long du mur extérieur du grand cloître, une série de tombes maçonnées du XIe siècle témoigne d’un usage funéraire singulier. Exposées au ruissellement de l’eau de pluie elles sont ainsi bénie par les prières des moines. Au XVIIe siècle, la grande cave est construite à cet endroit. Non loin, une petite cave est aménagée dans une ancienne écurie, reliée au logis du chantre par un escalier et une trappe surnommée “dérobe-vin”.
Lire dans la pierre : les fouilles archéologiques
Les vestiges visibles aujourd’hui sont le fruit de longues années de fouilles, débutées en 1994 et intensifiées entre 1998 et 2003.
Sébastien Bully, archéologue et chercheur au CNRS, a joué un rôle essentiel dans les fouilles de l'ancienne abbaye de Saint-Claude. Ses travaux ont permis de mettre en lumière des aspects méconnus de l'histoire médiévale de la région.
Il a mené un travail exemplaire en adoptant une méthode innovante : l’archéologie en élévation. Plutôt que de se limiter aux fondations, cette approche lit les murs eux-mêmes, leurs cicatrices, leurs ajouts successifs. Un travail patient, précis, qui permet de retrouver les plans, les usages et l’évolution d’un bâtiment transformé pendant plus de mille ans.
En parallèle, l’architecte en chef des Monuments historiques Paul Barnoud a conçu une restauration sur mesure. Grâce aux relevés archéologiques très détaillés, il a pu intervenir rapidement, avec clarté et respect.
Découvrir la rénovationHistorique des recherches CNRS
Le logis de l’abbé se situait entre l’abbatiale des Trois Apôtres (aujourd’hui la cathédrale) à l’est, et l’abbatiale Saint-Claude à l’ouest, à l’emplacement actuel du marché couvert. Peu d’écrits s’y intéressent, et les rares sources évoquent surtout les occupants, sans décrire l’architecture. On sait cependant qu’il a servi de résidence aux abbés jusqu’en 1510. Après cette date, les abbés ne vivent plus sur place et le bâtiment devient le logement du grand prieur. En 1742, il devient palais épiscopal jusqu’au départ de l’évêque en 1802. Le bâtiment reste mal connu, même les archives les plus détaillées, comme celles de Dom Paul Benoît, n’en livrent que de brèves mentions.
Le chanoine A. Pouillard publie un article sur le palais abbatial, dont il assure la gérance, dans lequel il cite que le sous-sol, « très ancien, renferme la cuisine du palais abbatial, une chapelle avec fresques et des caves comportant des pierres tombales gravées en écriture gothique, provenant de l’ancien cimetière jouxtant ce palais et actuellement en nature de jardin ».
Les sous-sols sont inventoriés dans le cadre d’une évaluation du patrimoine archéologique urbain avant d’être succinctement étudiés durant l’été 1994 dans la perspective d’une première protection au titre des Monuments Historiques.
Le sous-sol et les jardins des trois immeubles qui formaient les résidences abbatiales et épiscopales sont inscrits à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.
La Commission Interrégionale de la Recherche Archéologique, réunie en session les 17 et 20 février, émet un avis favorable à une demande de fouille programmée dont la première campagne se déroule durant l’hiver 1998-1999. L’étude archéologique était initialement programmée jusqu’en 2005/2006, mais le rachat de l’immeuble par la Ville de Saint-Claude et sa volonté d’y créer un musée a modifié l’échéancier de l’intervention qui s’est achevée en 2003.
Une nouvelle commission (C.R.P.S.) se prononce favorablement à l’extension de l’inscription à l’ensemble de l’immeuble (arrêté d’inscription en date du 5 mars 2003), ainsi qu’au classement d’une partie des sous-sols.
La commission supérieure des Monuments Historiques demande le classement de la totalité des immeubles composant l’ancien quartier abbatial.
Aux origines de Saint-Claude : une abbaye au cœur de l’histoire
Avant d’être une ville, Saint-Claude fut une abbaye. C’est elle qui donne son nom au lieu, et qui forge son identité depuis plus de quinze siècles. Tout commence au Ve siècle, avec l’arrivée des premiers moines venus des montagnes du Jura : Saint Romain, Saint Lupicin, puis Saint Oyend. Très vite, la communauté bénédictine devient un centre spirituel influent.
Au XIIe siècle, l’abbaye rayonne bien au-delà des montagnes. On parle alors de la “Terre de Saint-Claude”, une véritable seigneurie ecclésiastique. À la même époque, la redécouverte du corps intact de l’abbé Claude, un moine thaumaturge vénéré pour ses miracles, attire une foule grandissante de pèlerins.
Pour répondre à cet afflux, les moines fabriquent objets de culte et souvenirs. Puis, peu à peu, des artisans s’installent autour de l’abbaye. Ils sculptent le bois et l’os pour prolonger la mémoire du lieu et des miracles. Ainsi naît, autour du culte et de l’artisanat, une cité vivante… qui deviendra Saint-Claude.
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La cathédrale de Saint-Claude
Eglise et Abbaye de la ville de Saint-Claude, la cathédrale Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-André, est un édifice imposant et incontournable classé aux monuments historiques qui rassemble aujourd’hui plusieurs chefs d’œuvre dont des stalles sculptées qui figurent parmi les plus belles de France. Une visite qui vaut le détour !








